Songes d'ailleurs - Musiques aux inspirations parallèles
25 janvier 2026
DUO BEIJA-FLOR , la musique ethno-classique.
Dans la série AZIMUTS & JAZZ / MONDE, Diffusions Amal’gamme proposait le DUO BEIJA-FLOR, le dimanche 25 janvier 2026 à la salle de spectacle Saint-François Xavier de Prévost. Un duo inspiré par le folklore musical des 4 coins du monde, un concert intitulé : SONGES D’AILLEURS - MUSIQUES AUX INSPIRATIONS PARALLÈLES
Deux excellents musiciens fascinés par les cultures du monde. Marie-Noelle Choquette à la flûte traversière et Charles Hobson à la guitare. Le nom de leur duo, BEIJA-FLOR est portugais. En français, il signifie littéralement baise-fleur ou celui qui embrasse les fleurs référant ainsi au colibri. Ce nom est bien choisi puisque nos deux artistes sont tout en douceur, tout en nuances. Leur répertoire est original, les timbres sont variés, leur virtuosité est remarquable. La légèreté de cette musique se dépose tendrement dans nos oreilles meurtries par le froid glacial de janvier. Une sonorité mélodieuse et apaisante.
Charles Hobson est un guitariste américano-canadien d’une virtuosité exceptionnelle. Son immense talent transcende son instrument. Marie-Noelle Choquette est impressionnante non seulement par la maîtrise de son instrument et par l’agilité de ses doigts mais aussi par son aisance à produire des percussions à la flûte traversière. Ceci implique de posséder des techniques étendues du staccato, de la respiration abdominale et du contrôle précis de l’air. Ces sonorités percutantes ont enrichi la musique.
Le répertoire nous a été présenté par thématique.
De la country dance à la contredanse à la contradanza.
Il s’agit d’un genre musical populaire d’inspiration anglo-hispano-afro-cubaine qui a donné naissance à la habanera, au danzon et au tango. Le duo a commandé et a interprété une œuvre légendaire Danza Cubana no.1 de Léo Brouwer compositeur, guitariste et chef d’orchestre cubain. La complicité du jeu entre les deux musiciens est palpable. Le son est justement amplifié. C’est très frais, très beau.
La mer
Pagodes est l’un des trois mouvements de l’œuvre Estampes de Debussy. Cette pièce évoque la musique indonésienne qui met en valeur le dégradé de couleurs rendu par la riche texture de l’œuvre. Subtilité et sensualité transportées à fleur de peau.
Michio Miyagi et son œuvre La Mer au printemps (1929) , une pièce qui capte les ondulations d’un paysage marin japonais grâce à des mélodies fluides qui imitent les vagues. Le rendu est fantastique.
La lune
Bachianas Brasileiras No.5 Aria de Villa-Lobos. Nous baignons dans une atmosphère onirique mêlant le style baroque et les influences folkloriques brésiliennes. Un poème reflétant les cultures du monde.
Chaconne, d’Henry Purcell, une pièce méditative dotée de belles qualités expressives.
Le fandango
Là où se retrouve l’expression de l’amour, du soupir jusqu’à l’extase car le fandango enflamme tous les sens par son rythme continu et l’accélération constante du tempo.
Danses populaires roumaines compte parmi les œuvres les plus populaires de Béla Bartok. Une suite de 6 œuvres dont chaque mouvement est assez court. Elles alternent entre des danses lentes, mélancoliques et des danses rapides et énergiques. Les musiciens conservent l’esprit de la musique folklorique paysanne.
Sonatine de Atanas OUMKOUZOUNOV , une musique balkanique dont la virtuosité et la richesse comportent un époustouflant mélange de styles traditionnels, jazz et contemporain.
Ce duo forme une équipe solide. Ils ont très bien dirigé notre écoute en présentant les pièces et le contexte des compositions. Nous avons voyagé avec eux, nous laissant porter par cette douce musique raffinée et légère.
Tel un colibri, le DUO BEIJA-FLOR nous a charmés par son talent musical, son plumage coloré, et le battement vif de ses petites ailes.
Carole Trempe
Le combat héroïque
11 janvier 2026
Le dimanche 11 janvier 2026 : Le combat héroïque
Joon Oh Kim, pianiste. Franz Schubert, Quatre impromptus, op. 90 ; Frédéric Chopin, Mazurka, op. 56 ; Frédéric Chopin, Andante spianato et Grande polonaise brillante, op. 22.
Virtuosité, compréhension et mémoire.
Ce premier concert de 2026 nous a d’abord réservé une surprise. Plutôt que les cinq œuvres de Chopin annoncées, M. Kim a débuté par une œuvre de Schubert, compositeur précédant Chopin. Pas de déception ici, au contraire, car on a pu constater la parenté de ces deux compositeurs.
D’entrée de jeu, mentionnons que le musicien a très bien présenté les œuvres, avec des explications sommaires mais éclairantes sur ce que l’on allait entendre. Je suis certaine que le public a fort apprécié ces mises en contexte. Autre point à souligner, tout ce concert a été livré de mémoire… ce qui est déjà digne d’un pianiste professionnel.
Les Quatre impromptus forment un ensemble nécessitant virtuosité et souplesse d’expression. Il s’agit de pièces plutôt courtes qui illustrent de multiples émotions. La mise en exergue de la « question existentielle », dixit le pianiste, est très réussie. Puis s’enchaînent des tourbillons de réflexions et de sentiments, allant du léger au dramatique en passant par la mélancolie et s’achevant par la sérénité. Le jeu du musicien est précis, les œuvres parfaitement intégrées, les variations d’atmosphère bien rendues.
Les mazurkas qui ont suivi la courte pause ont demandé tout autant de virtuosité. La première riante et ensoleillée, ouverte à la vie ; la seconde, énergique ; la troisième plus réflexive, à la profondeur bien exprimée. Encore une fois, les émotions de chacune d’elles sont bien représentées. Dans l’Andante et La Grande polonaise, le pianiste manifeste une grande finesse dans son jeu, d’une légèreté de meringue. Le mouvement de l’eau du premier morceau est parfait de constance. Le portrait de la Pologne, chère au cœur du compositeur, est plein de ferveur et démontre toute la brillance qu’il faut.
En somme, l’interprétation de toutes ces pièces a été très classique, non dénuée de profondeur, mais j’aurais souhaité que le musicien y ajoute plus de personnalité, qu’il y imprime sa marque, qu’il s’y engage davantage. Par exemple, il y a des dissonances importantes, particulièrement dans le second impromptu, sur lesquelles il aurait pu mettre plus de force expressive. Tout y est au niveau technique et connaissances, mais ce qui me paraît rester à acquérir, c’est l’intensité de l’engagement émotif.
C’est finalement un beau concert qu’a livré M. Kim. C’est un pianiste à surveiller, qui ne manquera pas d’acquérir une maturité qui lui permettra de s’affirmer davantage.
Sylvie Prévost.
Noël autour du monde
6 décembre 2025
MONTREAL GUITARE TRIO – MG3
Un ensemble des plus talentueux alliant virtuosité, sensibilité, créativité et présence scénique hors norme.
Fougue et passion.
Le 6 décembre 2025, DIFFUSIONS AMAL’GAMME présentait le MG3 à la salle de spectacle Saint-François-Xavier de Prévost, dans la série AZIMUTS & JAZZ/MONDE. Un concert époustouflant qui vient clore l’année 2025 avec panache, autour d’un somptueux et original Noël autour du monde.
Une salle comble a vibré d’enthousiasme : cris, sifflements, applaudissements nourris. Le public était conquis.
Formé en 1998, le trio est composé de Sébastien Deshaies, Marc Morin et Glenn Lévesque. Trois multi-instrumentistes éblouissants qui nous font entendre voix, guitare, violon, mandoline, basse, accordéon. Le trio parcourt le monde et joue dans des salles mythiques (Concertgebouw) Amsterdam, BB King Blues Club New York, Smith Center Las Vegas). Leur énergie, leur émotion et la multiplicité de leur couleur sonore sont stupéfiantes. Les arrangements d’une grande richesse harmonique offrent une progression d’accords qui amplifie l’émotion et la direction musicale. Le son est divinement amplifié grâce au travail d’Olivier Gagnon à la sonorisation.
Le trio nous a offert une prestation flamboyante pour célébrer la période des Fêtes. Le programme varié regorge de surprises. Trois extraits de Charlie Brown (Vince Guaraldi) campent bien l’atmosphère et la nostalgie de Noel : Christmas Time is Here, Christmas is Coming, Lexus and Lucy.
Plusieurs incursions dans la musique d’Ennio Morricone marquent l’amour indéfectible des musiciens pour ce compositeur colossal et pour sa prolificité incroyable. A l’interprétation des mélodies impérissables qui ont déjà de l’étoffe sonore, ces joyeux complices ajoutent des chœurs et des back vocals. Le son est plein, fourni, chaleureux, rond et profond.
Leur répertoire éclectique et les arrangements originaux combinent la musique classique, la musique traditionnelle et la musique moderne. Fervents adeptes de la diversité culturelle (Orient, Inde, Amérique du Sud, etc,) ils demeurent fidèles et ils accordent une place prépondérante à la musique traditionnelle du Québec qu’ils portent avec fierté sur les scènes du monde. Les gigues d’André Marchand et de Jean-Paul Loyer, leur arrangement de Tir d’aile de François Dompierre : notre ADN culturel voyage avec eux. On ne peut souhaiter plus brillants messagers.
Trois extraits du Casse-Noisette (Tchaïkovski), La Fée Dragée, La danse des Mirlitons, La valse des Fleurs présentés par ces fougueux et passionnés instrumentistes démontrent la maîtrise technique exceptionnelle et une virtuosité rarement associée à un trio de guitares.
Ces fabuleux musiciens privilégient l’énergie et la multiplicité sonore. Leur plaisir de jouer est contagieux et savoureux. Chaleureux, ils tissent un lien direct avec le public grâce à des petits clin d’œil personnels ou des anecdotes bien placées.
Des gars bien de chez nous, dotés d’un immense talent et d’une portée internationale. Des musiciens de haut niveau artistique qui restent dans le vrai, sans artifice, juste dans l’émotion parfaite, celle qui nous conquiert et nous porte vers la magie des fêtes de fin d’année.
Carole Trempe
Émotions en basses fréquenses
22 novembre 2025
CONTRACELLO
Dans la série GRANDS CLASSIQUES, DIFFUSIONS AMAL’GAMME présentait le duo CONTRACELLO le samedi 22 novembre 2025 à la salle de spectacle Saint-François-Xavier de Prévost. Des émotions en basses fréquences où la violoncelliste Sophie Coderre et le contrebassiste Francis Palma-Pelletier ont uni leurs voix graves.
Le concert Émotions en basses fréquences.
L’association de ces deux instruments est originale. La contrebasse a un rôle traditionnel d’accompagnement ou d’ancrage harmonique mais ici, elle est soliste en grande partie, aux côtés du violoncelle. Francis Palma-Pelletier est un contrebassiste hors du commun. Il impressionne par son jeu lyrique, raffiné et d’une virtuosité inhabituelle pour l’instrument. Il nous offre des moments d’une puissance expressive peu commune.
Le répertoire , volontairement diversifié, allant du baroque au romantisme, en passant par des tangos, des chansons populaires et des musiques de films vise à rejoindre un large public : Villa-Lobos, Kosma, Trenet, Aznavour, Rota, Vian- Le programme repose sur les coups de cœur musicaux de nos deux artistes et il vise à mettre en valeur les sonorités riches et profondes de leurs instruments. D’ailleurs, le titre du concert évoque la présence importante de graves et d’un univers sonore enveloppant et riche en résonance.
Le risque d’un programme trop éclectique qui mélange chanson, film, classique est de diluer l’identité stylistique du concert. Mais les arrangements signés par le duo, finement conçus pour cette formation atypique, assurent une cohésion musicale et mettent en valeur la richesse harmonique des deux instruments.
Le défi de projection sonore dans les registres graves aurait mérité une meilleure acoustique pour que la richesse des basses fréquences s’exprime clairement, afin de ne pas perdre le grain. En première partie du concert, il fallait vraiment tendre l’oreille et ajuster l’écoute. Après la pause, la balance s’est nettement améliorée, probablement grâce à un programme plus familier pour les interprètes.
Les musiciens ont démontré une belle complicité et leurs instruments ont entamé un dialogue sonore fort intéressant. Le violoncelle, à la texture claire et élégante, aurait gagné à offrir une expressivité plus marquée pour équilibrer la présence flamboyante de la contrebasse.
Une ombre supplémentaire : les interventions parlées, nombreuses et trop longues qui ralentissent le rythme du concert. Dans un concert comme celui-ci, faisons confiance à la musique. Elle crée elle-même un lien de proximité avec l’auditoire bien au-delà des mots.
Carole Trempe
Du passé au présent
8 novembre 2025
QUAND LE SAXOPHONE CÉLÈBRE LE JAZZ
Le 8 novembre, le saxophoniste jazz Jean-Pierre Zanella et son quartette nous proposaient un programme intitulé Du Passé au Présent; le passé puisant au répertoire plus que tricentenaire du célébrissime Georg Friederich Haendel ainsi qu’aux œuvres de ceux qu’il a inspiré, ou pas, j’ai nommé Ludwig Van Beethoven, Frédéric Chopin, Éric Satie, Alexandre Scriabine et Hector Villa-Lobos. La relecture que Zanella en a fait est quant à elle bien campée dans le présent avec des rythmiques et des « grooves » clairement swing et jazz et surtout des improvisations sous forme d’envolées inspirées et inspirantes.
D’entrée de jeu le Fur Elise connu de tous est joué au saxophone alto et malgré quelques petites « retouches » au rythme on reconnait la mélodie. Après l’exposition du thème on ouvre la grille d’accord et la pièce s’élève et nous amène ailleurs, les solos se construisent sous forme de longs crescendos qui démontrent la virtuosité et la créativité des quatre complices.
Véleiros du compositeur brésilien Villa-lobos ; pièce en rythme ternaire sera cette fois jouée au saxophone soprano. Zanella éprouve un attachement particulier pour la musique brésilienne au point d’avoir présenté dans le passé, des programmes autour des compositeurs de ce pays tel Anonio Carlos Jobim et Villa-Lobos. Dans cette version de Veleiros on s’amuse à déstructurer le rythme et le principe jazz « tension & release » (tensions harmoniques et retour dans la tonalité) penche ici un peu plus du côté tension. Le saxophoniste explore tout le registre de l’instrument en s’attardant davantage dans les aigus et suraigus de l’instrument. Tout au long du concert, le pianiste Pierre François amorce ses solos par des interventions « aérées » ; ça respire et ça monte ensuite en intensité, toujours en étant appuyé de main de maitre par Dave Watts à la contrebasse et Richard Irwin à la batterie. Ces deux musiciens débordent de créativité, ce serait très réducteur de les qualifier d’accompagnateurs.
Le quartette enchaine avec la Gnossienne#3 de Éric Satie. Satie connu davantage pour ses Gymnopédie suggère une musique essentiellement pianistique, plus moderne et presque méditative. En outre, la gamme utilisée par Satie confère à cette mélodie un style moyen-oriental et une aura de mystère. Une fois le thème exposé, les solos tel un feu bien alimenté, grimpent en puissance et en énergie; dans le jargon du jazz on dira que les musiciens se « dévissent ». Il en va de même avec L’Opus 2 no 1 en Do#min de Alexandre Scriabine ; œuvre composée pour le piano mais ici habilement adaptée pour le quartette jazz. Zanella et ses complices en font une toute autre chose, habité qu’ils sont par le souffle de l’improvisation.
La première partie se conclut par le magnifique Prélude en do mineur de Frédéric Chopin. L’œuvre originale écrite en rythme binaire (4/4) sur un tempo lent et dramatique nous est re-servie ici sous forme d’une valse Jazz qui se prête magnifiquement bien à la légèreté de ce style jazzistique. À retenir, le superbe solo de contrebasse qui nous en met plein la vue et les oreilles.
La deuxième partie annonce le retour de Beethoven avec la Sonate # 31. Pierre François introduit de belle façon le thème au piano seul et ce sera suivi d’un autre très bon solo de contrebasse qui évoque la mélodie. On peut se demander ce que Beethoven aurait pensé de cette version de son œuvre, considérant que les improvisations existaient aussi en musique classique nous pouvons supposer que plusieurs de ces génies créateurs de l’époque s’essaieraient au jazz s’ils vivaient aujourd’hui.
Le Prélude opus 24 de Chopin, autre thème fétiche des amateurs de piano classique se prête parfaitement à une adaptation jazz. L’intro est joué dans un parfait synchronisme au piano et à la contrebasse. J’ai adoré le solo de piano empreint de romantisme. Cela est suivi par un extrait de l’Opéra de Rinaldo de Haendel, pièce en 4/4, normalement chantée ; le quartette a l’originalité et l’audace de l’interpréter en 5/4 ce qui donne un tout autre caractère à l’œuvre. Il est impressionnant d’entendre défiler avec aisance et fluidité les solos dans cette rythmique inhabituelle. Nous revisitons ensuite le brésilien Villa-Lobos dans une relecture de l’émouvante Bachianas #5. Zanella respecte tout à fait la mélodie au saxophone soprano où le registre moyen et grave est mis en valeur. Le premier solo est laissé à Dave Watts à la contrebasse qui confirme une fois de plus sa virtuosité et surtout son inventivité. Après le solo de saxophone, une belle place est faite au trio traditionnel piano-basse-batterie.
Le concert se conclut avec l’incontournable Sicilienne de Fauré. Zanella démontre une fois de plus, si on ne la savait pas déjà, sa maîtrise parfaite du sax alto avec des passages staccatos (notes détachées) d’une redoutable précision. Le piano qui reprenait à son compte la partie B du thème procurait une respiration bienvenue à cette version de la pièce. À voir le sourire ravi des spectateurs au terme de la soirée, nous pouvons dire bravo à Diffusions Amal’Gamme pour ce choix artistique.
Raoul Cyr.
De la Perse à la Mongolie
25 octobre 2025
Le samedi 25 octobre 2025 : Carnets de soie
Uuriintuya Khalivan, morin khuur (vièle à tête de cheval) et Sadaf Amini, santour. Compositions diverses.
Du harem à la steppeAsseyez-vous confortablement et laissez-vous emporter !
C’est un concert particulièrement envoûtant qu’ont livré les deux jeunes musiciennes, faisant dialoguer leurs instruments, pour nous, exotiques.
D’abord, elles étaient habillées de leur costume national, c’est déjà intéressant et beau à voir. Ensuite, leurs instruments sont rarement vus : l’une jouait une sorte de vièle mongole : une grosse boîte carrée, à long manche finissant par une tête de cheval (le cheval est l’animal fétiche de la Mongolie) et munie de deux cordes que fait résonner un long archet. L’une des cordes sert souvent de bourdon. L’instrument produit des sons ronds, de très doux à très puissants. L’autre musicienne, l’Iranienne, a apporté sur scène son santour : une sorte de large cithare en bois, dont elle joue avec deux fins marteaux. C’est un instrument qui résonne beaucoup et longtemps, ce qui produit une sorte de ruissellement de sons, effet amplifié par l’action très rapide des petits maillets. Toutes les deux créent, chacune à sa façon, une sorte de vibrato, ce qui est le point commun de leur culture respective.
Ce fut parfois la Perse qui fut mise en valeur, musique planante, dont l’affect peut être difficile à déterminer, mais qui nous transporte immédiatement dans un monde à part, plein de confort. Pour nous, habitués à subdiviser et compter temps et mesures, à formater les mélodies, c’est fort déstabilisant et ça nous emmaillote dans une douce intemporalité.
D’autres fois, la Mongolie s’est imposée avec sa gamme pentatonique, rappelant la musique chinoise, et des mélodies plus descriptives, évoquant de vaste plaines désertes. La musicienne a même chanté, d’une voix claire et juste, terminant la pièce par un chant de gorge rappelant les moines thibétains ou même les Inuit. L’une de ses techniques d’archet est une fin de phrase sur une note forte et comme échappée, qui me paraît imiter un cri lancé dans un espace infini, sans écho ni réverbération.
Que ce soit l’une ou l’autre qui entame une pièce, le dialogue s’installe rapidement, il devient constant et remarquablement serein. En effet, tout en participant à ce que l’autre fait, chacune garde la personnalité, les traits de la musique de son pays. Les propositions, les « thèmes » énoncés par l’une ou l’autre sont repris dans un autre idiome, dans un habillage différent.
Quelle belle leçon d’écoute et de bonne entente ! Ah ! si nos gouvernements pouvaient donc démontrer autant de respect dans les échanges ! Merveilleuse musique, lien viscéral entre les peuples !
Sylvie Prévost
Les plus belles musiques de films
11 octobre 2025
TRIO ENZO DE ROSA - les plus belles musiques de films
Dans la série GRANDS CLASSIQUES, DIFFUSIONS AMAL’GAMME présentait le TRIO ENZO DE ROSA et LES PLUS BELLES MUSIQUES DE FILMS à la salle de spectacle Saint-François-Xavier de Prévost, le samedi 11 octobre 2025. Un hommage vibrant aux chefs -d'œuvre des compositeurs qui ont marqué l’histoire du cinéma et l’inconscient collectif.
Au piano ENZO DE ROSA accompagné de OLGA MURYSINA au violon et de DMITRY BABICH au violoncelle : trois musiciens exceptionnels capables de recréer, à eux seuls, un son orchestral digne des plus grandes bandes sonores. Leur interprétation soutenait magnifiquement les extraits de films iconiques qui ont influencé le public depuis des décennies.
Le programme a été divisé en thèmes proposait un voyage à travers les émotions humaines.
Les amours dramatiques et érotiques, furent illustrés par Love Story (1970, Francis Lai) et La Califfa (1970, Ennio Morricone).
Les films d’aventure à échelle épique par Un thé au Sahara (1990, Ryuichi Sakamoto) Légendes d’automne (1994, James Horner), Il était une fois dans l’Ouest (1968, Ennio Morricone.)
L’amour et la quête de liberté avec FANTASIA (1940, DISNEY) sur Clair de Lune de Claude Debussy et The Hours (2002, Philips Glass).
Les amours impossibles à travers les extraits de Parfum de femme (1974, C. Cardel), Roméo et Juliette (1968, Nino Rota). Quelque part dans le temps (1980, John Barry). Nuovo Cinema Paradiso (1988, Ennio Morricone.
Enfin, l’amour divin et les amours sans fin célébrés par La Neuvième Porte (1999, Wojciech Kilar). Les amours sans fin avec La Maison du lac (1981, Dave Grusin) et Sabrina (1995, John Williams).
La projection des extraits muets de ces films accompagnée de la musique en direct, nous a transportés dans l’imaginaire, au-delà des époques et des lieux. Voir défiler autant de grands titres, de mélodies inoubliables, de compositeurs et d’acteurs légendaires fut une expérience riche en émotions et en souvenirs.
Entendre cette musique vivante aussi magnifiquement interprétée a amplifié notre expérience sensorielle : elle a créé une ambiance, a souligné une action et a contribué à notre immersion spontanée dans le film. Cette musique a maintenu la continuité narrative. Cette symbiose entre les images et les sons a ravivé la mémoire collective et réaffirmé la puissance émotionnelle du cinéma.
La musique est une compagne invisible de la narration visuelle. Ce soir-là, l’interprétation lyrique et sensible des artistes sur scène était, à elle seule, digne d’un premier rôle.
Certains spectateurs ont pu trouver l’expérience un peu déroutante, la musique étant jouée en parallèle des extraits muets. En effet, au cinéma, la musique est habituellement intégrée à un ensemble – dialogues, effets sonores, images - formant une expérience immersive complète. Ici, il fallait réapprendre à écouter la musique dans sa richesse, indépendamment de la trame filmique. Mais cette singularité faisait aussi partie de la beauté de ce concert. Elle invitait à une écoute active, à une redécouverte.
Il n’en demeure pas moins que ce concert fut une expérience sensorielle visuelle et auditive extraordinaire.
Carole Trempe
Cartes postales - 27 septembre 2025
Le DUO ASTER à la défense du saxophone avec noblesse
Dans la série JEUNES VIRTUOSES, Diffusions Amal’Gamme produisait le samedi 27 septembre 2025, à la salle de spectacle Saint-François-Xavier de Prévost, Le DUO ASTER et son concert intitulé : CARTES POSTALE. Un tour du monde musical où chacune des pièces ouvrait sur un univers singulier.
Ce concert bien porté fut plus qu’un simple programme, il ressemblait à une déclaration d’amour au saxophone, instrument trop souvent cantonné au jazz et que ces deux musiciens défendent avec passion dans sa pleine noblesse classique. Clio Theodoridis saxophoniste et Jonathan Nemtanu, pianiste, un couple dans la vie et de fabuleux complices sur la scène.
Ils sont jeunes et hyper talentueux. Ils ont pour mission de faire découvrir la richesse sonore du saxophone dans un répertoire d’œuvres originales ou de transcriptions. Ils ont étudié dans de grands conservatoires d’Europe et ont poursuivi leur développement à l’Université de Montréal.
Ils nous ont offert un arc-en-ciel d’émotions et de paysages sonores. Ils nous ont raconté avec force que le saxophone est un instrument de récital, d’expressivité et de profondeur. Nous savons désormais que le saxophone classique peut tout dire, tout peindre, tout incarner.
Le voyage débute en Grèce, pays d’origine de la saxophoniste, par la Suite hellénique de Iturralde Pedro (1929-2020) pièce lumineuse qui ouvre une fenêtre méditerranéenne pleine de fraîcheur et de danse. Puis cap sur la Hongrie avec la pièce mondialement connue : Tsardas ou Csardas de Vittorio Monti, pièce lente et mélancolique, remplie de lyrisme et qui s’enflamme vers la fin. John Williams nous a transportés en Amérique des années 1960 avec un extrait du film Catch Me If You Can où le saxophone joue le rôle du héro insaisissable incarnant l’agilité et la séduction du personnage principal. Le piano et le saxophone dialoguent dans une atmosphère enjouée et mystérieuse.
Le périple se poursuit à Montréal avec Récit et Lied de Mathieu Lussier bassoniste. Le saxophone chante dans une intimité presque vocale exprimant la douceur d’un lied romantique. S’ensuit Isaac Albéniz (1860-1909) avec son Asturias aux rythmes incisifs et aux éclats flamboyants comme un feu dans la nuit espagnole. Le concert se clôt en Roumanie, pays d’origine du pianiste, avec Ocres rouges de Jaroslaw Ciesla, Une œuvre picturale aux teintes profondes où les sonorités minérales du saxophone semblaient faire vibrer la terre elle-même. Une œuvre exprimée dans toute sa splendeur par une interprétation exceptionnelle de la saxophoniste démontrant musicalité, lyrisme, et agilité.
Chacune des pièces interprétées avec brio ont contribué au même élan : un voyage musical où l’on sort le cœur élargi, riche en couleurs et de résonnances nouvelles. Carole Trempe
Tons et reflets - 13 septembre 2025
CHLOE DUMOULIN
DANS LA SÉRIE JEUNES VIRTUOSES, SAMEDI LE 13 SEPTEMBRE 2025, DIFFUSIONS AMAL’GAMME RECEVAIT À LA SALLE DE SPECTACLE SAINT-FRANÇOIS-XAVIER DE PRÉVOST, CHLOE DUMOULIN, UNE PIANISTE SENSIBLE ET EXPRESSIVE. ELLE A PRÉSENTÉ SON CONCERT TON SET REFLETS.
Originaire de Montréal, elle vit à Londres depuis 2023. Elle est venue illuminer sa tournée québécoise d’une halte chez nous, où son art a ébloui le public.
Un programme d’exception
Elle a interprété trois œuvres très exigeantes.
Les jeux d’eau à la Villa d’Este (Liszt). Le compositeur évoque le souvenir des jardins et des fontaines de la Villa d’Este en Italie. Sous les doigts de Chloé, l’eau ruisselle, miroite et se transforme en éclat de lumière. On voit ses reflets, la lumière changeante, la fluidité. L’Interprétation de la pianiste est limpide, transparente. Ses arpèges vifs, son legato aérien, la finesse de ses effleurements, l’énergie jaillissante créent un équilibre rare entre virtuosité et poésie. Elle est attentive aux résonnances, à la couleur et à l’intention.
La Sonate « Appassionata » de Beethoven (Op.57) Il s’agit d’une œuvre de très grand format. Contrastée, intense, dynamique, exaltée, introspective. Tumultueuse et techniquement exigeante, elle se caractérise par une puissance dramatique et un défi d’endurance pour la pianiste. Chloé est fougueuse dans les passages tumultueux, claire et intense. On sent chez elle un véritable dialogue intérieur avec l’œuvre, un engagement ce chaque instant.
La Sonate en si mineur de Liszt (S.178) On entend souvent dire de cette œuvre qu’elle est une sorte d’opéra pour piano. C’est vrai qu’on y entend l’orchestre. L’interprétation de Chloé a conjugué virtuosité, vastes contrastes, amplitude dynamique impressionnante, poussée dramatique, poésie romantique, force rhapsodique, contrastes marqués, moments introspectifs et moments d’embrasement.
Une artiste accomplie
Chez CHLOÉ DUMOULIN on retrouve une grande passion, une ouverture, une rigueur, une technique éblouissante et une intelligence musicale. Sa maîtrise de la pédale, son équilibre entre les mains et son art de structurer les nuances font d’elle une interprète rare : une pianiste qui respire la musique autant qu’elle la joue.
Carole Trempe